Tribune écrite par Salomé le 15.12.2015.

Tribune diffusée en réaction aux résultats des élections régionales en France la semaine dernière.

21 avril 2002, repas inter-familial chez la nounou de ma petite soeur, nous sommes nombreux et ce soir c’est couscous. Le rideau se lève, à notre table s’invitent Jean-Marie Lepen et Jacques Chirac. J’ai 9 ans dans deux mois. Je comprend un peu la politique mais pas trop. Dans la cours de récré, on discute “si t’avais pu voter t’aurais voté qui ?”. Deux réponses : Chirac ou Blanc.
Treize ans plus tard, tous mes petits camarades ont le droit de vote, et ont visiblement toujours le même avis : quand tu as le choix entre un Lepen et un Dupont, prend toujours le Dupont.

Oui, nous sommes sauvés, nous avons évité la vague, que dis-je, le tsunami bleu marine. A croire que l’overdose d’articles anti-FN ou encore les messages incitant à aller voter qui pullulaient sur les réseaux sociaux ont fait leur effet. Plus de votant et zéro FN. Quoique… n’oublions pas que malgré tout, le FN a nécessairement des sièges en conseil régional, de plus en plus d’ailleurs. Eh oui, cette peur du FN nous a presque fait oublier que lorsque l’on vote aux élections régionales, on élit une liste de conseillers régionaux avec son président, mais que les autres listes présentes au second tour ont aussi leur part de conseillers à placer ! Du coup on se retrouve avec des conseils régionaux FN-Républicains. Ca pullule un peu moins sur les réseaux sociaux ; on le dit, certains articles en parlent, mais bon c’est pas aussi grave que Marine, Marion Maréchal ou notre cher Florian comme président de région.

Non, nous ne sommes pas sauvés, le FN avance une fois de plus sans avoir de poste « symbolique », mais il en a néanmoins. Combien de mairies ? Combien de place au Parlement ? Combien de sièges en conseil régional ? … Et puis combien d’électeurs en faveur du FN, que ce soit par conviction ou par dégoût politique ? Plus de 6 millions. Alors quoi, on va recommencer à faire comme si de rien était et attendre qu’il prenne une vrai bonne place ? Et tout ça en tolérant une droite qui se dit décomplexée, pour ne pas dire f-haine-isée, et qui rend les discours extrémistes et dépourvus d’humanité quasi normaux. Que faire dans tout ce brouillard plus politisé que politique où certains votent FN et d’autres ne votent pas ?

13 décembre 2013, pensées pour cette soirée d’avril 2002, pas de Lepen en vue pour ce soir. La région où je vote est rose, la couleur que je préfère. Soulagement ponctuel pour un combat tristement éternel.