Défilé “Blooming Ashes” de Yiqing Yin

 « Que subsiste-t-il lorsqu’il n’y a plus rien ? La beauté du reste. »

Yiqing Yin, jeune créatrice française d’origine chinoise vient de décrocher l’appellation Haute-Couture.

Elle présentait son défilé printemps/été 2016 dans le couloir d’honneur de l’université Paris Descartes. Le couloir se voulait être le miroir de sa thématique mythologique ; nous étions encerclés par ses statuts aux plis minutieux. Yiqing Yin présentait ses sculptures vivantes portées par la mélodie céleste de l’artiste Damian Lazarus. Nous prenions place aux cotés de ces colonnes aux milles craquelures, le carrelage de marbre révélant des fissures veineuses, le décor se voulant déjà organique.

Nous y étions : Yinqing Yin offrant les clefs de son antre, exploitant les extrémités de l’univers, la tension des pouvoirs et les limbes du détail. Yinqing Yin et ses nixes d’un autre temps aux corps flottants. Des visages effacés pourtant, des nymphes sans identité : l’idée étant de nous laisser porter par l’attention du corps. Nous voyions cette femme, tantôt guerrière, tantôt animale, et nous dévalions son corps emportés dans le plissement de son vêtement.Des chutes vertigineuses d’où nous rebondissions par le voile, par la douceur de la fourrure ; des sillons réconfortants.

Sans leurs visages, ces femmes devenaient inédites, presque immortelles. Face à nous, des créatures mythologiques aux de vêtements de marbre. Une femme magicienne, capable de transposer sa véracité et son spirituel dans la puissance de son vêtement : des coupes brutes s’assouplissants par le creux de la voile. Des couleurs natures, presque comme une continuité du corps : « Le problème n’est pas comment faire un pli mais comment le continuer, lui faire traverser le plafond, le porter à l’infini. » (Gilles Deleuze). Yiqing Yin nous a ainsi présenté diverses visions de la force et de la beauté. Parfois, un mouvement brut et sec dans des matières dures, des cordages organiques comme des cages fragiles : la douleur explosée, le corps exposé, la femme devenait sa propre prisonnière.

Parfois dans des mouvements plus doux, en creusant dans le détail. Pièce maitresse, le défilé s’est clos sur une note céleste, une robe en L.E.D. co-créer avec le sculpteur Bastien Carrée. Une femme éternelle, portant le poids de l’humanité, sublimée par le pêle-mêle d’étoiles qui gravitait autour de son corps. Voilà donc, ce qu’il reste quand il ne reste plus rien… une recherche d’ambiguïtés, de paradoxes. La continuité de la ligne, la douceur de la brutalité et des créations aux inspirations subtiles dévoilant le génie de l’inédit ; la suspension du temps.

Kira Victoria Arnal

Galerie complète de la collection “Blooming Ashes” par Yiqing Yin :

Crédit : Yiqing Yin officiel / http://www.yiqingyin.com/