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Les réseaux sociaux virtuels constituent une mine d’or pour celui qui veux observer et exemplifier le fonctionnement du lien social. Un paradoxe saute alors aux yeux de ce dernier; nous n’avons jamais aussi connectés mais nous n’avons jamais eu autant de difficultés pour communiquer. A l’heure du numérique, nous ne savons plus si les réseaux sociaux sont bénéfiques ou néfastes pour le lien social. Nous ne savons pas non plus si le lien social à été modifié par leur arrivée. Pourtant l’Homme moderne est confronté chaque jour à ces objets connectés non identifiés et aux conséquences qu’ils ont sur notre sociabilité. Tout est là, sur nos écrans, mais la complexité des relations sociales est telle qu’il est difficile d’appréhender les enjeux liés à la sociabilité sur internet.

Le sens du lien social redéfini par les réseaux sociaux?

Aujourd’hui les réseaux sociaux nous permettent d’avoir un œil sur les centres d’intérêts, les activités, l’histoire et les valeurs d’autrui, sans avoir le moindre échange verbal ou contact physique. Il est donc très simple de trouver d’autres individus partageant une passion, une idéologie ou une activité. Mais peut-on réellement parler de lien social ?

Emile Durkheim, l’un des pères fondateurs de la sociologie moderne a posé les bases de cette notion de lien social au dix-neuvième siècle. Le lien social était alors basé sur le concept de conscience collective, selon lequel se lient les individus qui partagent des représentations du monde similaire. Nous étions alors unis par une solidarité organique. C’est à dire assurée par des comportements et des activités similaires, ou encore une histoire et des valeurs collectivement partagées.

Par la suite, les avancées technologiques, couplées à l’augmentation exponentielle de la démographie ont enclenché une division du travail social. Ainsi cette solidarité mécanique a laissé place à une solidarité organique. Les individus, rendus inter-dépendants par cette division du travail en fonction de leurs aptitudes, ne vivent plus sur le même lieu, ont des travaux sensiblement différents mais complémentaires.

Les réseaux sociaux auraient ils apporté une nouvelle forme hybride de solidarité?

Lorsque l’individu est inscrit au sein d’un réseau social, il voit son intégration grimper en flèche et s’inscrit ainsi dans une multitude de groupe sociaux différents. Or, ces groupes sociaux peuvent être à la fois basés sur une conscience collective et des représentations partagées, c’est à dire sur une solidarité organique, et sur un rôle social commun, c’est à dire sur une solidarité mécanique. Il semblerait que cette solidarité, ciment du lien social, soit fortement perturbée par l’arrivée des réseaux sociaux dans la mesure ou ces derniers permettent d’établir des liens sociaux basés à la fois sur une solidarité mécanique et organique.

Une arme à double tranchant

A priori, rien ne peut justifier que le sens du lien social soit modifié par les réseaux sociaux, l’individu pourrait tout à fait être solidaire mécaniquement ou organiquement avec d’autres, de la même façon sur internet ou ailleurs.

Mais le sociologue français soutenait également une autre thèse, non moins importante, selon laquelle l’individu serait lié à la société selon deux types de relation ; l’intégration et la régulation, deux notions liées mains autonomes, provenant de la même source qu’est le groupe social. L’intégration correspond à la façon dont l’individu est attaché à la société, c’est à dire l’ensemble de ses liens sociaux. La régulation constitue la manière dont le lien social régule, conditionne et influence l’individu. Or, l’émergence des réseaux sociaux apporte à l’individu des opportunités d’intégration rapides massives.

Au premier abord, cela offre des perspectives réjouissantes, il est agréable d’avoir une implication dans plusieurs groupes sociaux, cela peut offrir à l’individu un échappatoire à la routine et la monotonie.

Cependant cela met l’accent sur un autre problème soulevé par Durkheim, l’anomie, ou encore, “le mal de l’infini” dont souffre la société moderne depuis plus d’un siècle, pourrait être alimentée par les réseaux sociaux.

En effet, ils permettent à l’individu une intégration massive, mais si les groupes sociaux au sein desquels il est inscrit sont trop nombreux ou trop différents, il ne serait plus influencé et n’influencerait plus suffisamment chacun d’entre eux. Il ne serait pas en mesure de savoir quelles représentations le définissent, ni avec qui les partager. Le partage de représentations étant un élément tout à fait nécessaire à l’établissement et au maintien de la relation entre un individu et son groupe il s’isolerait donc en s’intégrant trop, en n’étant plus assez régulé. C’est pourquoi les réseaux sociaux sont une arme à double tranchant. Ils permettent à l’individu de s’intégrer rapidement et massivement, mais ces intégrations étant souvent trop nombreuses ou trop superficielles, deviennent source d’anomie et placent l’individu dans un flou identitaire effrayant.