SilysArt – Bated Blast

 

Est-ce que c’est la première fois que tu acceptes une interview pour répondre à des questions sur tes créations ?

Oui, c’est aussi la première fois que l’on me propose une interview.

highlight_rightPeux-tu te présenter ?

Je m’appelle Sylvain Pignatel, j’ai 21 ans, je viens de terminer une licence de biologie générale et j’ai décidé cette année de commencer une licence 1 de musicologie à Lyon, pour apprendre la théorie de la musique qu’il me manque. En parallèle de mes études, je suis guitariste, chanteur et je fais de la MAO avec Ableton Live. Je compose de la musique en solo sous le nom de SilysArt. J’ai aussi composé dans le cadre de collaboration avec de la danse, du théâtre et du cinéma.

Comment as-tu commencé à faire de la musique toi-même ?

J’étais dans ma chambre avec un ami de 4ème et une vielle guitare classique qui trainait dans ma cave. Il a joué, salement, sur une unique corde la mélodie de Seven Nation Army des White Stripes. J’étais fasciné. Mes premières compositions sont apparues dès que j’ai su bidouiller un son sur cet instrument. J’ai ensuite composé dans des groupes de hard rock au lycée où j’ai commencé à chanter. Mon projet solo SilysArt a vu le jour, d’abord sous le nom de Noise Avni, lorsque j’ai commencé à enregistrer mes compositions sur Ableton, en 2011.

De nos jours, une grande part des artistes indépendants travaillent sur plusieurs domaines en même temps et cela en complémentarité avec leur univers. Avec SilysArt tu crées de l’audio, mais tu dois par la force des choses également créer les pochettes, un site internet et certainement d’autre éléments de cet univers. Qu’est-ce que tu penses de cette façon de faire ?

Alexandre Astier dit que ce qui est intéressant chez un artiste qui fait presque tout, c’est que l’on voit ses défauts. Je trouve ça très juste, cela donne une cohérence à la personnalité des œuvres et un côté imparfait très humain. On peut ressentir la complexité, la vulnérabilité, l’authenticité de la personne qu’est l’artiste au sein de ses créations. Si les artistes, indépendants ou non, peuvent intégrer leurs travaux venant d’autres domaines, je trouve ça très beau. Pour ma part, le site a été fait entièrement par un ami (Victor Drouin-Viallard). Et certaines images proviennent de collaborations (la pochette de Noise Avni réalisée par Jean-François Pignatel, par exemple).

Qu’est-ce qui t’intéresse aujourd’hui dans la création ? Par quoi te sens-tu concerné ?

Au départ, la création n’était pour moi qu’un exutoire pour mes trop plein d’émotions. A cela, s’est ajouté le désir de découvrir et de faire partager une partie de mon cerveau et ma manière de créer. Je ne cherche pas consciemment à répondre à des contraintes de composition comme couplet/refrain, mais plutôt à amplifier et retranscrire une narration d’émotions, d’images et d’ambiances que je ressens sur le moment. Ce qui m’intéresse dans une œuvre d’art, c’est le changement qu’elle enclenche chez nous. C’est-à-dire à quel point et de quelle façon l’expérience artistique que l’on vient de vivre, ou de revivre, nous a rendu différents. Par ailleurs, le message de mes musiques n’est pas concret car le fond de mes compositions ne passe quasiment que par la forme. Elle peuvent être prises en tant qu’expériences émotionnelles, comme lorsqu’on arrive dans un endroit nouveau où l’on ressent une atmosphère singulière. Ainsi, le choix de la langue, par exemple, est important pour l’ambiance, comme lorsqu’on change de pays. Chaque morceau a son univers et chaque personne reçoit différemment cet univers. Je me sens très concerné et impliqué dans la politique et les problèmes sociaux et philosophiques actuels. Cependant, ma composition musicale comporte très peu de sujets politiques, pour l’instant.

On dit souvent que la musique “ambient” a un sale caractère, un coté obscure et malsain. Est-ce que tu cultives cette pensée ou alors tu réfléchis autrement la musique ?

Si on peut qualifier ma musique d’ambient, alors je ne trouve pas ce genre malsain par définition, même si il m’arrive de vouloir introduire des moments musicaux dérangeants. Mais tout cela est très subjectif. La musique obscure peut avoir un côté très agréable selon les gens. Pour moi, les couleurs foncées sont apaisantes et la musique mélancolique peut transcender. Cela dépend sans doutes des habitudes d’écoute et des représentations de chacun.

Qu’écoutes-tu en ce moment?

Machinefabriek, Archive, Portico Quartet, Foals, The XX, Rodrigo y Gabriela, Fink, Nina Simone, Stupeflip, Moondog, Chapelier Fou, Philip Glass et Steve Reich font parties, entre autres, de ma playlist actuelle. Depuis quelques mois, j’explore aussi avidement la musique classique, baroque et romantique. J’aime beaucoup Bach, Berlioz, Liszt, Schubert, Chopin, Beethoven, Rachmaninov, Ravel… Je recommence par ailleurs à écouter Björk et Thom Yorke, dont je suis amoureux.

Tu n’as jamais fait de live, crois-tu en faire un jour ?

Je n’ai jamais tenté de live SilysArt avec la MAO, car Je n’ai simplement pas assez travaillé la MAO en live pour me lancer sur scène. Le travail est totalement différent de la composition. En revanche, j’ai déjà joué sur scène avec une danseuse et une comédienne au Toï Toï dans le cadre du festival Auteurs de Troubles 2014. Cette collaboration est née d’une envie très forte de concrétiser un travail sur les journaux intimes. Les compositions étaient interprétées uniquement à la guitare acoustique et n’ont pas été enregistrées jusque là. J’ai aussi joué plusieurs fois dans la rue pour la fête de la musique en faisant des reprises de groupes comme Radiohead ou Pink Floyd. Je travaille actuellement sur des versions acoustiques de morceaux de SilysArt ainsi que de nombreuses compositions jamais enregistrées que je compte publier dans les prochains mois. Le rendu sera très différent de ce que j’ai pu publier sur silysart.com.

Que fais-tu en dehors de la musique ?

Je fais, depuis trois ans, de la danse contemporaine. Je me suis mis récemment au dessin, à la photo et à la vidéo dans le but notamment d’illustrer mes musiques moi-même. Je lis et j’écris beaucoup en français et en anglais. Les sciences, la biologie en particulier, sont une part importante de ma vie et ont un impact évident sur ma composition.

Dans l’univers SilysArt on peut retrouver un grand nombres de collaborations. Qu’est-ce qui te motives à collaborer ?

Ce qui semble être des collaborations musicales n’en sont pas totalement. Je me passionne pour certaines voix humaines. Lorsque je veux mettre une voix dans mes compositions, je demande à la ou les personnes de s’enregistrer indépendamment de ma musique. Peu importe la qualité de l’enregistrement, ce qui compte c’est la sincérité de la captation. Une fois l’échantillon récupéré, je coupe, j’ajoute, colle, pitch, mixe la voix jusqu’à ce que je sois satisfait. Quant au collaboration musique/art-visuels, ma motivation est tout simplement le mélange des arts et des personnalités. Le travail en collaboration est vraiment différent d’un travail solo. Le développement de l’œuvre peut être plus long car il se confronte à plusieurs visions. Chaque artiste doit s’adapter et modifier son travail en fonction de l’idée commune, c’est donc aussi une question de confiance mutuelle. On apprend et on se nourrit beaucoup de l’autre. Le résultat peut être plus surprenant et moins familier pour l’artiste, car les idées qui ont jaillies viennent aussi d’une source extérieure à soi.

Comment on persuade les gens de se rallier à notre monde artistique ?

Cela dépend de quelle manière on veut les rallier. De manière générale, je crois qu’avec une proposition sincère et claire les gens participent volontiers à votre univers. Pour ma part, lorsque je souhaite faire une collaboration musique et danse par exemple, je fais écouter ce que j’ai déjà fait et je discute de ma vision du projet avec l’autre. Il est important de discuter pour sentir si le feeling passe. Après, la collaboration s’opère en confiance. Parfois, c’est le bouche-à-oreille qui attire les gens dans mon monde artistique.

Tes plans pour la suite ?

D’abord, je souhaite poursuivre les études de musique, notamment dans la composition pour les arts visuels tels que la danse, le cinéma, le théâtre, la peinture… Ensuite, autour de ça j’aimerais faire un album musique/vidéo gravitant autour d’une thématique. L’envie de faire un dessin-animé me trotte dangereusement dans la tête. Pour l’instant, le problème principal reste l’argent, mais les idées sont stockées sur papier. Par ailleurs, je veux développer un projet live en groupe dans le genre trip hop, qui me permettrait de développer ma technique et de vivre de façon plus rapprochée et récurrente l’expérience de la scène. L’important pour moi est de continuer à entrer en collision avec des artistes, émotions et images, quel que soit le cadre de ces rencontres à l’avenir. La porte reste ouverte !

http://silysart.com/