La Quinte est un collectif comprenant 4 rappeurs principaux :  Kaluméro, Viouf, Tonywallas, Mass et leur beatmaker et producteur Lakass.
C’est chez lui que Lakass nous reçoit, Viouf et TonyWallas sont là aussi.
Posés sur un canap’ en grillant quelques clopes, l’entretien commence.

Somon : Pour commencer, comment t’as choisi ton nom, pourquoi Lakass ?

Lakass : Pourquoi Lakass ? Ben parce que j’’aime bien le concept de la casse, c’est à dire qu’on récupère. Et le hip hop c’est un peu ça avec les sampling. Après y aussi le délire autour des chiens de la casse, on m’appelait souvent le chien de la casse, donc du coup comme j’étais le seul dans le crew à faire des instrus, je me suis dit que c’était eux les chiens de la casse.

S : Comment vous avez commencé la musique ?

TonyWallas : On a commencé chacun dans notre coin. A 13/14 ans j’avais déjà un groupe, je faisais de la batterie, après j’ai découvert le hip hop quand j’avais 15 ans. Il s’est passé 10 ans depuis et c’est vraiment maintenant que le travail paye, on s’est tous réunis, tous retrouvés il y a deux trois ans.

L : Après, pour moi c’est différent. J’ai commencé par la guitare et je jouais dans un groupe de Punks un peu noise genre “Sonic Youth” après je suis tombé sur la dub, c’est ce qui m’a vraiment fait scotché le son, du coup je me suis mis à la musique par ordinateur, et comme j’ai toujours traîné avec des rappeurs, à un moment donné ils m’ont dit que ce serait bien que je fasse des instrus (il rit) et donc j’en suis venu au hip hop surtout pour le besoin de ces monsieurs, c’était pas une priorité au départ de faire de l’instru parce que je trouvais que faire de l’instru pour faire de l’instru ça servait pas à grand chose si il y a pas de gens qui posent dessus et c’est seulement après quand on s’est plus motivés à faire un truc vraiment en groupe que là je m’y suis mis un peu plus intensément. Sinon je fais beaucoup de musique électronique à coté.

Viouf : Moi j’ai été au conservatoire pendant 6 ans, j’ai fait de la clarinette, c’était plus classique comme j’étais plus jeune. Puis après, en vieillissant pareil vers 15 ans, j’ai commençais à écrire mais plus du reggae. Mais je trouvais qu’on peut pas assez impacter avec les paroles, et puis je me suis lancé dans le rap comme c’est un peu dans le même style mais que c’est plus violent et j’ai préféré. Voilà ça fait 6-7 ans que j’écris, 5 ans que je pose puis 2 ans qu’on est en groupe quoi.

S : Est-ce que vous enregistré toujours dans un home studio ?

L : En général moi je découpe les samples, je travaille les instrus chez moi après je les amène chez Tonywallas, soit on les travaille, soit on les prend telles quelles et on enregistre, tous les enregistrements de voix sont faits chez lui. (T : on a vraiment tout ce qu’il faut à la maison.) On préfère faire par nos propres moyens, c’est une façon d’apprendre. Puis on a pas les moyens de louer des studios. (il rit)

T : On est vraiment autodidactes.

L : On est indépendant et tant mieux.

S : Justement tu disais qu’à la base c’était pas ton truc de faire des instrus, et du coup j’ai vu que tu faisais des sons plus électro des trucs planants, est-ce que t’as un domaine de prédilection, est-ce que t’as un truc que t’aimes plus que l’autre ?

L : Ben les deux sont complémentaires je trouve. Quand je fais des trucs bien techno – d’ailleurs là je prépare un live plus trance – j’ai besoin à un moment d’une sous-pape de hip-hop, ça me force à écouter d’autres trucs pour chercher des samples. Après chez moi j’écoute tout type de musiques donc pour moi c’est pas opposé, l’un et l’autre s’inspirent, ça se rejoint un peu et donc c’est pas contradictoire. Puis ce que j’aime bien dans le hip hop c’est que c’est collectif alors que la musique électronique t’es quand même un peu solo, c’est différent comme travail.

S : Dans certaines instrus tu as choisi du Pink Floyd, du Deep Purple, du Jimmy Hendrix. Comment t’en es arrivé à choisir des sons comme ça ?

L : Ça c’est des classiques c’est des trucs un peu “insamplables” parce que tout le monde reconnaît direct mais c’est ce qui m’amusait un peu. En fait c’est partie sur Viouf, pour délirer j’avais fait une instru avec le sample d’une reprise de Jimmy Hendrix, Viouf a enregistré puis ça avait un peu plu aux gens, on a eu de bons retours sur cette chanson. Donc je m’étais dit on va faire des rétro freestyle, c’est pas pour sortir sur un album etc mais c’est plus pour rendre hommage à un morceau, à des trucs qui m’ont fait kiffer, que j’écoutais à fond quand j’étais jeune et que j’écoute encore avec plaisir.

T : Puis ça permet aussi de faire découvrir le hip hop à des gens qui n’aiment pas forcement.

S : Comment s’est passé votre première expérience face au public ?

T : Sur Strasbourg on a plutôt fait des open mic, des choses comme ça mais sinon, on avait fait une première partie à Lyon, les gens avaient bien aimé.

L : C’était une bonne ambiance, après les gens venaient pour écouter du rap donc c’était un peu acquis aussi. Pour 2014, on travaille un live plus long, d’une heure à peu près, d’ailleurs on joue à Colmar le 7 décembre.

S : Et la première partie que vous avez fait à Lyon c’était celle de… ?

T : De Pih Poh, c’était cool il nous avait proposé le truc.

S : Du coup les premières critiques, les premiers retours des gens c’était quoi ?

V : A part si c’est hypocrite, franchement, y a que des bons retours. Après ça reste un cercle un peu limité, c’est aussi beaucoup de potes.

L : On a pas une audience encore très grande. Mais je pense qu’on peut toucher des gens qui sont pas habitué a écouter du rap parce que justement c’est du rap un peu festif, un peu rigolo quoi, il y a quelques textes quand même un peu plus lourd où y a plus de sens. Mais enfin y a de l’humour c’est quand même souvent marrant : les images choisies, les métaphores, elles sont souvent drôles donc ça je pense que ça touche.
(Il s’adresse à Viouf) : A part tes trucs tout seul qui sont un peu plus sombres.

T : Après chacun de notre coté on a vraiment un style diffèrent mais justement quand on est ensemble ça fait aussi le charme du truc.

S : Vous pensez quoi du rap français qui passe à la télé ou à la radio ?

L : Des fois y a des trucs marrants, mais ce qu’il y a de mieux c’est quand même en indé quoi.

V : Ils savent quoi choisir, y en a qui sont bons, après je trouve que ça les rabaisse un peu.

T : Pour moi le rap il est pas représenté, enfin il est représenté mais merdiquement.

L : Y’a quand même des bons artistes, par exemple t’écoutes Eminem c’est un putain de rappeur, mais les singles qui vont passer  à la radio/télé c’est les trucs tout pourris, c’est les featuring avec Rihanna tout ça…

T : Y’a beaucoup de gens qui se fient à la télé, qui voient que par les médias. Pour ces gens le rap c’est des jeunes de banlieue qui crament des voitures et qui disent de la merde dans leurs chansons mais c’est pas ça. Après t’as du rap hardcore genre LIM qui est comme ça, pis t’as le rap bling bling. Tout le monde n’a pas le même esprit critique que nous, y’a des gens qui s’en foutent, ils écoutent ce qu’on leur donne.

S : Par rapport à vos projets pour la suite, vous m’avez parler d’un live d’une heure et de votre passage à Colmar le 7/12, d’autres  choses en vue ?

L : Finir de sortir cet EP déjà. On est en train de réfléchir si on va le presser ou pas, parce que moi j’aimerais bien avoir un support physique, je trouve que c’est quand même important pour les gens, c’est différent quand tu donnes un CD ou quand tu télécharges, après y a pas mal de clips qu’il faudrait qu’on fasse, associer un peu la vidéo à ça, et puis continuer à faire des trucs en groupe.
(Il s’adresse à V et T) : Puis 2014 ça sera l’année des concerts, non ?

T : Ouep ouep, on connaît pas mal d’assos aussi sur Besac et sur Belfort. Y’a moyen de trouver dans la région, en Alsace aussi.

S : C’était bien votre première interview ?

L : Tout à fait.

S : Pour terminer, le son sur la Franche-Comté c’est partie de quoi ?

T : C’était un petit délire comme ça, j’avais envie de triper, le sample de Thiéfaine il me plaisait bien, je pense que ça je vais essayer de le mettre en image, ça peut aussi plaire. C’est vraiment le genre de son qui touche, même des personnes de 40-50 ans ils peuvent l’aimé, ça parle de la Franche-Comté tu vois c’est sympa.

L : Ouep il est vraiment festif.

T : C’est un son délirant c’est nos racines, faut pas les oublier !

L : On se sent encore un peu trop étrangers des fois en Alsace. (il rit)

On vous invite à les écouter sur leur Soundcloud.Facebook