Trippy NYC

Rencontre sur internet de Celso Urroz, un jeune étudiant Bordelais qui travail les nouveaux médias à Montpellier.

Nous t’avons repéré avec une vidéo publiée sur Facebook dans le groupe Glitch Artists Collective. Tu te promènes sur Times Square avec ta caméra 360°. Tu as ensuite réalisé un datamoshing pour un rendu VR complètement psyché.

Comment tu as eu l’idée ?

En fait, dès le début de l’année dernière, la vidéo 360 a vachement explosé et parallèlement à ça, je suis tombé dans l’univers du “Glitch”. A ce moment là, je me suis dit que la réalité virtuelle s’était bien plus que de copier la réalité, c’est complètement une autre dimension ! Alors pourquoi pas froisser, casser, déformer la réalité en la glitchant ? En plongeant au cœur du virtuel ?

Au cours de mon stage à New York dans une association qui regroupe des artistes du nouveau média, EYEBEAM a acheté la caméra 360 Ricoh Theta S. Times Square c’est imposé comme l’endroit idéal, tu es encerclé par des écrans. Tu te déplaces déjà dans une forme de réalité virtuelle. J’ai donc saisi cette occasion pour réalisé mon idée !

Le datamoshing n’est pas nouveau mais revient de plus en plus en ligne avec l’art vidéo numérique, le Glitch Art ou apparait même dans la vague américaine « aesthetic ». Comment tu utilises ce procédé et le fais-tu souvent dans tes créations ?

Le datamoshing existe depuis qu’on compresse un signal vidéo numérique, donc cela fait pas mal de temps que ça existe. Il s’est popularisé avec le clip Welcome To Heartbreak de Kanye West en 2009 et plus récemment avec le clip Yamborghini High de A$AP Mob en 2016.

L’un des pionniers du datamoshing en France est Jacques Perconte. Il fait un travail très important sur la texture de l’image. Quand on regarde ses oeuvres on croirait regarder un tableau impressionniste.

En ce qui me concerne, je me suis beaucoup inspiré des travaux de Jacques Perconte pour ma vidéo REALITY. J’ai voulu “texturer” au maximum Times Square, apporter une idée de relief à une image plate. J’ai voulu donné l’envie au spectateur de toucher l’image. Je pense qu’à travers l’audiovisuel on sollicite les sens de la vue et de l’ouïe mais on peut aussi donner des sensations de touché au spectateur. Au delà de l’aspect sensoriel, j’ai voulu utiliser le datamoshing dans cet vidéo immersive pour faire perdre au spectateur ses repaires. Je voulais qu’il s’abandonne dans le “glitch”, qu’il se détende et se laisse porter par ces bugs, qui deviennent enivrant, je voulais que ça fasse l’effet d’une drogue psychédélique.

Pour tout te dire, c’est la première fois (après de nombreux entraînements) que j’utilise le datamoshing. Il faut savoir que c’est assez long avant d’arriver à un truc beau, il faut persévéré.

Qu’est-ce que le format glitch apporte par rapport à une forme d’art plus classique ?

Le glitch, c’est un peu une façon de rendre la vidéo ou l’image (ou même le son) plus physique, c’est aussi une façon de rejeter l’aspect “reproduction” de ces médias. Je pense que c’est un peu comme la peinture, à un moment les peintres en ont eu marre du réalisme dicté par les académies et on voulu créer des choses que n’existait pas, même pas dans les rêves. Ils ont alors créé au cours des années différents courants artistiques. Aussi le glitch, c’est une façon d’accepter les origines du numériques et même de les valoriser en créant, maîtrisant et s’appropriant les bugs que l’on évitait autre fois.

Pour ma part, j’ai aussi voulu utiliser le glitch pour “détruire” le symbole capitaliste rempli de publicité que représente Times Square. Je pense que cette forme d’art représente aussi le contexte sociale que l’on vie actuellement, c’est une forme de rejet de la réalité. La réalité n’est pas belle à voir en ce moment …

Tu travailles avec AUGUSTUS PASH, tu peux nous en dire plus ?

Pas du tout, j’ai juste utilisé le logiciel Datamosh Studio qu’il a développé. C’est un logiciel open-source que tout le monde peut télécharger gratuitement. Mais ceci dit, j’aimerai bien travailler avec lui.

La réalité virtuelle est entrain de rentrer petit à petit dans nos vies avec le jeu vidéo, l’art digital et même la pornographie. Comment appréhendes-tu cette technologie ?

C’est ouf ! Je me pose beaucoup de questions à ce sujet. Je pense que la réalité virtuelle va changer tellement de chose. C’est une des premières technologie, avec l’imprimante 3D, qui n’a pas été développer par l’armée, mais par tout le monde. Grace à l’open-source, les développeurs, les scientifiques, les artistes et les utilisateurs avancent main dans la main pour développer continuellement ce support. Tout doit et marchera comme ça, l’open-source, c’est la démocratie : le pouvoir par le peuple pour le peuple.

La VR c’est bien plus qu’une technologie, elle change le fondement de l’être humain. Au delà du réel, nous commençons à vivre dans le virtuel. Les écrans servent de prothèse à l’être humain, ils nous donnent la possibilité de vivre en réalité augmenté (Pokemon Go, Google Translate, Siri …) et maintenant nous commençons à vivre dans un écran. Désormais, nous ne sommes plus des Homo Sapiens mais des Homo Virtualis.

La réalité virtuelle reste cependant très chère pour l’utilisation que l’on peut en faire aujourd’hui. Faut-il attendre une certaine “maturité” des machines avant que le grand public soit plus impliqué ?

La réalité virtuelle c’est à la porté de tous, il faut juste un smartphone assez ressent et un google cardboard à 3€. Les caméras 360 de qualité potable coûte le prix d’une GoPro, environ 350€. Et les logiciels, si c’est pas open-source et gratuit, il y a toujours un moyen de les avoir sans payer.

Je ne pense pas qu’il faut attendre, il faut foncer dans la VR, ça commence, il faut en profiter pour expérimenter !

Tu as des projets pour le futur ? Des choses à nous conseiller ?

Je travail actuellement sur un projet personnel de court métrage. Par la suite je veux continuer vers un master pertinent dans les nouveaux média, n’importe où dans le monde. Mais avant ça je vais voyager pendant un an en Asie pour continuer à expérimenter, vivre des aventures, et rencontrer des gens. Je veux en profiter pour me plonger plus profondément dans la VR, le Creative Coding, le Glitch et le VJing.

Un conseil … J’ai encore du chemin à faire avant de donner des conseilles mais ce que je sais, c’est qu’il faut Aimer.

Celso Urroz : www.ahmedcelso.com