Hedi Slimane - 2016

De quoi ont rêvé les créateurs ?

Du 5 au 9 mars, Paris accueillait la Fashion week prêt-à-porter automne/hiver 2016.

La violence dont Paris fut frappée, écorchant à son passage des millions de coeurs, semble être arrivée à maturation dans l’esprit des créateurs. D’une faiblesse et d’un tord peut naître paradoxalement une étrange force et puissance. Voilà ce que nous retiendrons : un univers féroce et poétique né d’une blessure humaniste. Du sombre à la couleur, Paris semble avoir repris bonne mine.

Une femme guerrière

Voici que naissent de nouveaux esprits, loin d’être fragilisés, ceux-ci tiennent à exhiber les détails de leur colère. dont on écarte la fragilité et le doute. Le défilé Givenchy propose cette féminité belligérante : des corsets de cuir reprenant les courbes du buste, des jupons lacérés. La femme n’est plus une chose que l’on représente fragile, elle conjugue des inspirations plus sombre et plus dures. Sacai propose une femme parachutiste, des sangles sont ajoutées pour assurer la continuité de la maille. Chez Balmain, Oliver Rousteing retravaille le corset comme pièce phare. Celui-ci perd sa visée tortionnaire, il devient une armure.

Une femme sauvage

Plastrons de cuir, boucles de métal, la fashion week parisienne présente des femmes Amazones aux inspirations primitives. Cette tendance rappelle l’engouement pour la tendance “seconde-peau” des années 1980. On confond le corps par une première couche fine pour redessiner les courbes : Quand l’Homme créa l’outil comme extension de ses mains, l’art de se vêtir fut l’extension des formes du corps.

Dans un double mouvement : le vêtement domine le corps/ le vêtement déborde sur le corps.

Qui, du vêtement ou du corps, prédomine sur la création ?

Une femme nuage

Des formes en extension, des plissement exigus comme si l’on ne pouvait s’imaginer la fin. Les manches étouffantes, la création se débat avec sa créature. Hedi Slimane pour Saint-Laurent et ses robes aux difformités pointues. Demna Gvasalia chez Balenziaga qui entoure les corps dans des anoraks oversize. Jacquemus qui aime déborder sur les lignes de fuites. La longueur et l’asymétrie sont appréciées, même chez Chanel où la laine prend ses droits : enroulée, entourée, elle s’impose sur la ligne comme une couche épaisse, une cape aux pleins pouvoirs.

Faire de beaux rêves avec des créations funambules.

Une femme hybride

Contre les balles de plomb, les fleurs. Allégorie dramatique, la couleur rouge prime sur l’ensemble des défilés. Mais également les fleurs, des patchwork de formes où l’on se tente à l’exotisme et même aux clins d’oeil. Les inspirations sont hybrides, on mélange et on s’en amuse. 2016, année d’ambitions et d’espoir, année de challenge et de lutte. En 2016, la naïveté laisse place à l’audace.

 

Crédit Image : L’officiel de la couture et de la mode Paris