ONPC : Le talk jusqu’au bout de la nuit

Il est rare qu’à la télévision française, une émission porte si bien son nom. Le programme animé chaque samedi soir sur France 2 par Laurent Ruquier est en effet si prenant que même au milieu de la nuit, il nous est souvent impossible de sombrer dans les bras de Morphée.

D’où vient donc cette force de tenir en éveil le spectateur de 23h à 2h30-2h45 du matin et quelle recette permet au talk phare de France 2 de perdurer depuis près de dix ans sur nos écrans ?

Un modèle bien né et unique en son genre

Nous y sommes déjà ! Déjà en pleine neuvième saison sans que le modèle ne s’essouffle. Depuis 2006, toutes les deuxièmes parties de soirée du samedi soir redoutent le casting, aussi hétéroclite que complémentaire, de France 2. Une inquiétude souvent justifiée lorsque les audiences se font connaître; incontestablement au dessus du million de spectateur jusqu’à atteindre les 2,7 millions le 9 janvier 2010. Les producteurs Catherine Barma et Laurent Ruquier ont en effet trouvé le modèle que les français attendaient surement; à savoir un talk du samedi soir qui a eu le temps de s’installer et d’exister.

En 2015, il est vrai que l’ensemble des émissions de débat du PAF prennent souvent part à une course contre la montre pour pouvoir clore les discussions des invités à temps. Une précipitation qui se ressent bien souvent sur la qualité des interviews d’invité ou encore sur la fluidité du contenu traité. Avoir le temps d’exposer les choses, de se poser les vrais questions et d’y répondre avec l’argumentation qui convient est certainement la principale qualité de ce programme hebdomadaire.

Un duo de chroniqueurs-critiques vecteur de succès

La force d’On nest pas couché ne repose pas uniquement sur son modèle, évoqué ci-dessus. Non, cette émission doit avant tout son succès aux intervenants qui y participent. C’est en effet une des rares émissions à mettre le rôle des chroniqueurs – critiques – autant en valeur. Ces derniers sont à fortiori les « stars du talk », leur relation est épiée, leurs interventions attendues et leurs critiques souvent percutantes. Si percutantes qu’elles ont pu provoqué à moult reprises le départ des invités installés « sur le fauteuil » à l’instar de Christophe Hondelatte pour n’en citer qu’un.

Dans son dernier livre, La Tête Ailleurs, Nicolas Bedos, qui est également chroniqueur occasionnel de l’émission depuis, déclare avec une précision terrifiante le stress qui l’habitait au moment de passer l’examen « Caron-Polony »: duo de chroniqueurs de l’époque. Il y raconte l’épisode de la goutte de transpiration rebelle qui s’amuse à couler tout doucement sur son front tiré par la fatigue et le stress. Une goutte malheureuse qui le tétanise face à la réponse qu’il est censé donner à l’interrogation de Natacha Polony. Cette description littéraire reflète de manière assez complète, sans nul doute, le poids du rôle de duo de chroniqueurs dans cette émission.

Dans un souci d’équité et de rigueur déontologique, rappelons tout de même ceux qui ont endossé ce rôle fatidique au fil des 9 dernières saisons: Michel Polac (une saison); Eric Zemmour (cinq saisons); Eric Naulleau (quatre saisons); Audrey Pulvar (une saison); Natacha Polony (trois saisons) et enfin Aymeric Caron dans sa quatrième saison et Léa Salamé qui débute cette année.

 Une émission avec plusieurs « temps forts » qui se complètent

On nest pas couché est une émission qui parle de tout pour tous. Après le traditionnel « flop ten », chronique humoristique de Laurent Ruquier en début d’émission retraçant l’actualité chaude de la semaine passée, vient le moment du politique. C’est une partie très attendue de l’émission et c’est également la plus riche en audience. Ce chapitre du talk est communément vecteur de tensions et de vifs débats notamment entre chroniqueurs et politique. Cette interview longue d’une heure environ n’est pas un exercice à négliger pour l’homme de pouvoir car il met en exergue son sens de répartie sans pour autant rejeter l’art de son argumentation. Comme évoqué plus haut, cette période longue d’intervention lui permet de poser ses idées et de convaincre l’audimat avec plus de moyen que dans une autre émission de débat.

La page politique cède ensuite la place à la large page culturel d’environ une heure et demi à deux heures tout aussi intéressante et instructive. Les acteurs, chanteurs, réalisateurs, écrivains du moment y viennent présenter et surtout défendre leurs oeuvres face aux duo de critiques dans le but de convaincre une audience moins nombreuse à cette heure tardive mais tout aussi captivée.

Animateur dynamique; interventions humoristiques souvent réussies que cela soit avec Nicolas Bedos cette saison, Jonathan Lambert ou encore Florence Foresti dans les saisons précédentes; duo de chroniqueurs-critiques survoltés et invités stressés mais prêt à défendre ce qu’ils présentent à tout prix: tels sont les ingrédients d’un succès mérité depuis près de dix années.

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