Furax Barbarossa – TESTA NERA

Un album qui hisse le drapeau noir d’un pirate moderne 

Après nous avoir servi un premier album en 2006, État des lieux, opus qui pose les bases de l’univers noir du Pirate toulousain, Furax Barbarossa revient 6 ans après son second solo En bas de l’échelle, avec un troisième album qui retrace ses questionnements incessants : Testa Nera. Prenez place à bord d’un voyage auditif dans les tréfonds d’un mc déterminé à écrire ses peines, décrire en vain les faiblesses de ses pairs. Entre éternel remise en question de l’existence humaine, l’oxymore d’un brut réconfort trouvé dans la drogue et l’alcool, et la mélancolie d’un monde qui évolue en marche arrière, le plus roux des rappeurs offre 17 titres aux sonorités plus que sombres et textuellement sanglants!

La puissance du fond et de la forme

Les instrus signées par l’écurie Bastard Prods, ainsi que des invités de marque comme Mani Deiz , les Kids of Crackling ou encore Aro, lient le projet d’une atmosphère lourde et oppressante. Les sujets similaires à ceux abordés lors de ses apparitions avec les Inglorious Bastardz, nous rappellent que rien ne bouge et n’évolue, sauf la douleur et la solitude d’un homme tiraillé entre l’écriture d’un monde macabre et le combat face à ses addictions…

Il nous aura prévenu, dès l’intro avec Les 3 Murs de Ma Chambre, s’il nous invite dans son monde ce n’est pas pour autant qu’il a rangé ses douleurs dans une caisse sous son lit pour embellir ses entrailles. Cette hardcore mise en garde n’est pas à prendre à la légère, que ce soit Le poids du mal ou Entre temps en feat avec Sendo, les premiers morceaux d’un homme qui n’a plus la force d’y croire nous plonge directement dans un monde lugubre et cru.

Scylla : l’ultime synergie

Par deux fois, on retrouve Scylla, son homologue belge, dans des morceaux ou l’humanité est remise en cause… On vient à se demander si Les poissons morts et Les yeux fermés, ne sont pas les suites logiques de leur récent feat Erreurs génétiques, sur l’album de Scylla – Abysse. Si ces deux potes aux voix rauques ont thématiques parallèles, ils ont surtout un amour pour les univers des profondeurs maritimes… Si Scylla fait parfois preuve d’espoir, il n’a pas contaminé le frère Furax qui sur 17 titres pourrait créer la remise en question de l’homme le plus sûr de lui.

Des titres comme Le chant des hommes saouls en feat avec son comparse Sendo, qui performe aussi sur La France sans maquillage, et la symbiose qui se crée avec ses vieux amis AbrazifL’hexaler et Jeff le Nerf, montre encore l’intelligence artistique dont il fait preuve dans le choix de ses collaborations.

« Oubliez moi… J’ai pas les mots pour parler à un môme, et encore moins d’un monde qui donne à boire et à manger à un monstre… »

Qu’il décrive un tapin plein d’espoir ou un travelo à un gamin, il est inutile d’expliquer au rouquin le poids des maux et la force des métaphores. En effet, dans la galère de sa détresse, tous les sujets qu’ils affectionnent sont explicités sous l’angle d’un pirate poète, vous imaginez bien que l’image n’est pas choisie au hasard… S’il donne l’impression d’avoir écrit De Haine et d’Eau Tiède en pleurant la tournure que prend le rap accoudé à un baril de rhum, il a amarré après la tempête mélancolique dû au Mauvais Vent, pour nous décrire la France, et rendre visite à Abrazif, moussaillon qui paya de ses jambes les caprices de la vie.

Album bourré de références cinématographiques, d’images et jeux de mots plus lourds les uns que les autres, débordant de vérités sur notre monde… Finalement, Testa Nera c’est la métaphore du drapeau blanc ensanglanté, d’un rappeur qui cherche la paix mais constamment rappelé par sa condition d’homme.

Traqué le Bonheur, ça n’fait que briser les gens… de le voir courir comme un voleur et tous l’monde viser les jambes !

Je vous préviens, vous trouverez pas le projet dans les backs, parce comme il l’a annoncé sur Facebook cet album c’est le notre, et le barbu veut rester indé jusqu’au bout de la chaîne.

Ha et surtout, ne l’écoutez pas pour vous mettre de bonne humeur le matin, même si le maniement funeste des mots est impressionnant, même si les mélodies travaillées redonnent l’espoir à ceux qui comme L’hexaler pensent que dans le rap y a Trop de corbeaux populaires et trop de propos qui polluent l’air… on ne ressort pas indemne d’un parcours d’un combattant de la vie.

 P.S. : il l’a annoncé comme son dernier album, mais l’écrire m’attriste.

M.L.N

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