Pouvez-vous vous présenter ?

Diguet : Je m’appelle Thibault Diguet, j’ai 18 ans, je suis en première année à e-artsup Lille, école de création numérique. J’aime le cinéma, tout ce qui touche au visuel et à l’intéractivité.

Gicquel : Moi c’est Thibault Gicquel, 18 ans, étudiant en Lettres Modernes à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Lille. J’ai eu la chance de publier cette année une nouvelle aux éditions Edilivre. Je suis passionné de cinéma et de littérature.

Parlez nous un peu de l’origine de ce court-métrage.

G : On devait réaliser un court-métrage pour notre BAC option cinéma. On avait été séduit par un court-métrage expérimental découvert lors du Festival Welcome To, appelé RESSAC. Le traitement de l’image d’archives nous a conquis et on a décidé de se lancer là-dessus.

D : L’idée était de parler d’un personnage sans jamais le voir. On voulait travailler la matière, lui conférer un nouveau sens.

Comment nous décrire votre rapport avec l’art et la création ?

D : Disons que nous on est très fluxus. Non plus sérieusement, c’est avant tout de l’expérimentation, et c’est pour nous un exultoire, un moyen de s’exprimer autrement. Je me suis lancé dans une formation très visuelle, et j’ai envie de produire des oeuvres qui attisent la curiosité, ou qui, au moins, sucite un minimum de réflexion.

G : Je peux pas véritablement parler de “rapport”, mais plus d’un plaisir, une envie que j’éprouve en me lançant dans des créations diverses. Se tenir devant une page blanche et se lancer sans trop savoir ou je vais, je trouve ça jouissif.

A quel public est destiné le message de Conspiracy ?

G : Je ne pense pas que le court-métrage cible un public précis. Il peut être apprécié sur le ton de l’humour pour conspiration guignolesque, comme de façon plus sérieuse avec son travail sur la psychologie du personnage. On est conscient que le format images d’archives peut rebuter certains, tout comme le film en lui même peut plaire ou déplaire mais ce n’est qu’une question de goût et de couleur.

Il y a une grande quantité d’image d’archive qui nous passent devant les yeux pendant 10 min. Comment les avez-vous trouvés et pourquoi le choix d’un montage comme celui-ci ?

D : Durant la conception de Conspiracy, j’ai particulièrement travaillé sur la recherche d’images d’archives et le montage. La plupart des images viennent de archive.org, et font partie des Prelinger Archives. Une grosse partie du travail résidait en la découpe des images. Un premier extrait était produit, puis réarrangé, retravaillé, parfois de manière aléatoire, créant des corrélations inattendues. Si les auteurs de la Beat Generation tentaient de reproduire les visions dues aux hallucinogènes et les distorsions spatio-temporelles de la pensée sous influence toxique, ici, ce sont plutôt les bribes de souvenirs, floues et désorganisées, qui sont retranscrites. L’utilisation d’effet Koulechov renforce cette impression. La technique de production peut aussi rappeler les collages surréalistes et le travail sur l’inconscient.
La suite s’est opérée en deux temps : Les images ont été compilées, puis on a pas mal travaillé sur After Effects pour ajouter des variations de lumière, des couleurs surexposées, un grain agressif, des interférences, … Toutes les images ont été travaillées individuellement et manuellement, ce qui fut long et laborieux, par souci du détail. Dans un second temps, le film fini a été gravé sur un DVD, puis enregistré à nouveau sur une VHS. Ainsi, l’image en a été dégradée jusqu’à retrouver l’aspect authentique de ce support.

Comment interprétez vous la position de certaines personnes qui après les événements de chez Charlie Hebdo se sont rapidement tourné vers la théorie du complot ?

D : On cherche toujours à trouver des solutions alternatives plutôt que d’affronter la vérité, et les théories complotistes s’inspirent de ce phénomène.

G : C’est exactement ce dont on a voulu parler : au final, dans Conspiracy, la conspiration n’est qu’un prétexte dissimulant d’autres troubles plus personnels.

Vous avez des idées sur le prochain complot ?

D : On est peut-être pas les plus à même d’estimer ça, si vous trainez deux minutes sur le net vous verrez que bien d’autre s’en chargent pour nous. Mais on lance les paris : Charb et Cabu sont partis rejoindre Elvis et le roi de la pop, dans un motel miteux pas loin d’un strip-club.

Des projets en tête en ce moment ?

D : Je m’initie en ce moment au VJing et au Mapping. Produire quelque chose en live est d’autant plus excitant, et offre pas mal de nouvelles possibilités. J’apprends aussi à organiser des événements. Et j’aimerais bien designer des vêtements, un jour.

G : Ma deuxième nouvelle va bientôt être publiée, en attendant, je continue à écrire au détour de ma petite vie étudiante. On tend collaborer de nouveau très bientôt.