C’est quoi être un Charlie ?

Le hashtag #jesuischarlie a envahi la planète à vitesse record. Des peuples se lèvent et défilent ensemble sous ce signe de ralliement, mais on est dès lors en droit de se demander : au fond cest quoi être un Charlie ?

Quauraient dit Charb, Cabu et les autres ?

Mon premier ressenti vous semblera peut-être étrange ou étonnant mais il est ce quil est, et le fait de lassumer souligne également ma liberté : suis-je réellement un Charlie, dois-je relayer ce slogan, ce visuel sombre dominé par des lettres capitales blanches ? Mon action serait-elle sincère ou au contraire hypocrite, n’étant pas un spécialiste de lhebdomadaire Charlie Hebdo, ne layant lu que deux fois dans ma jeune vie ?

Quelles auraient été les réactions dartistes comme Charb, Wolinski et les autres en voyant le titre de leur journal placardé sur le Corcovado à Rio, ou en plein Times Square à New York ? Lantimilitariste qu’était Cabu aurait-il été fier d’être affiché au cœur dun pays qualifié de « gendarme du monde » ?

Sans doute se seraient-ils foutus de nous comme ils savaient si bien le faire…

Oui mais voilà, ce slogan nest pas seulement l’expression d’une fidélité à une rédaction satirique et décomplexée ; c’est aussi le message rassembleur du « vivre ensemble » ; de la capacité dune population à se retrouver autour dun symbole clair, net et précis. En loccurrence porté par trois mots qui résonnent aux oreilles de tous : JE SUIS CHARLIE.

Une mobilisation hors du commun

Je navais jamais eu la chance de connaître, de voir de mes propres yeux, un élan aussi fort ; une envie affirmée  dentreprendre communément et surtout dans la même direction. Je suis un môme des années 2000, jai grandi avec le 11 septembre, la crise économique et budgétaire, le réchauffement climatique toujours plus menaçant. Autant de sujets clivants sil en est.

Imaginez la satisfaction, pour moi jeune gamin de 1996, de voir une foule qui, enfin et si spontanément, ne se marche plus sur les pieds mais décide davancer d’un même pas. L’émotion est là, mais cette émotion est-elle la bonne ? Protégeons-la, soignons-la, utilisons-la à bon escient. Lattaque de nos libertés à travers une fusillade au siège dun journal, comme une double prise dotages, me semble être une raison plus que valable -voire prioritaire- pour se battre avec pour seule arme, cette même émotion ! 

Mais là encore, nous sommes en droit de nous questionner. Témoignons- nous de la meilleure façon l’émotion que nous ressentons ?

Un déferlement médiatique anxiogène

Depuis mercredi 11h30, les chaines dinformation en continu que sont BFM TV, iTélé ou encore LCI nont pas “lâché la grappe” de Charlie Hebdo… Certes, ces fusillades et prises dotage sont des évènements considérables, mais ne sont-ils pas traités de façon anxiogène ? A coup « d’éditions spéciales », tout ça pour apprendre la même chose quun quart dheure auparavant. Les chaines dinfo cultivent la tripe et non le cœur, ou plus exactement l’émotion de la tripe et non du cœur. Et la réalité est là, l’émotion dont je parle plus haut dans cet article, notre arme face à la violence nest pas celle des « tripes », elle est celle murement réfléchie et assumée du « cœur ». Le cœur cest lintelligence, le maître de service du corps humain et par conséquent de nos pensées. Cest donc évidemment de lui que viennent nos émotions les plus authentiques, celles dont on veut témoigner, notamment en public, celles qui nous rassemblent dans ce « vivre ensemble » si significatif.

Cependant linvestissement, outre les multiples éditions spéciales sur fond de « catastrophe terroriste », de toutes les autres chaînes est remarquable. Ce bandeau noir sur chaque logo est une nouvelle fois un signe de notre communion discrète mais sincère. Quant aux Unes de presse, elles sont spectaculaires comme à chaque fois quun évènement de cette ampleur intervient dans notre quotidien. Outre celle du Monde qui va jusqu’à titré « Le 11 septembre français » ou encore du Figaro qui voit « la liberté assassinée », celle de Libération, comme souvent, tire sont épingle du jeu : « Nous sommes tous Charlie » résonne comme un cri de ralliement citoyen sans précédent.

Les médias traditionnels ont donc bien joué leur rôle de rassembleur et dinformateur public. Mais il ne faut pas oublier limportance capitale des nouveaux médias, des agitateurs. Ce sont eux les plus influents et les plus accessibles aujourd’hui : les réseaux sociaux avec Twitter en chef de file. C’est la déjà fameuse  « twittosphère » qui relaie en grande partie les initiatives citoyennes et républicaines anti-barbarie.

Si les attentats persistent, la capacité dun peuple à y répondre ne fait qu’évoluer avec le temps. Nest ce pas la meilleure façon de riposter que de se rassembler ?

C’est quoi être un Charlie ?

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1 Comment

  1. grandphil2014grand13 janvier 2015

    salut Charlie !

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Discussion

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