Impossible de résister à cette voix dans notre tête qui nous interpelle et nous dit : « Regarde ». Ce besoin instinctif de voir, de scruter, de surveiller l’autre dans l’espace intime ou public est définit par Freud, comme étant une : « Pulsion Scopique ». Qu’il s’agisse d’un regard maladroit sur le portable de son conjoint ou bien de celui d’un inconnu dans les transports en commun, on assiste dans les deux cas à la surveillance de chacun par chacun. Surprise, quand il y a un besoin d’exhibition, d’avoir conscience de laisser l’autre nous surveiller, de lui donner accès intégralement à nos données, c’est revendiquer sa propre volonté de transparence et d’opacité.  Comment une série peut alors défier cette volonté ? Et par quel moyen l’espace public devient progressivement source d’un spectacle exhibitionniste ?

Idéal d’une société de verre

Black Mirror, une série télévisée qui met en scène de façon absurde l’espace public international face aux crises et pressions diplomatiques internes. A consensus entre panoptisme (le fait que notre société, montre tout, nous fait tout voir) et voyeurisme, cette vision  peut être défendue sur toutes périodes. Notre société est gouvernée par les écrans, et notre rapport au monde l’est aussi « ecranosphere » terme employé par Gilles Lipovetsky, qui avec Jean Serroy emploient leur réflexion sur le terme « écran global » en effet, les surfaces sont au centre de nos préoccupations, de nos relations personnelles avec les autres, avec le monde.

Notre rôle, celui d’un juge

Ainsi, c’est par la multiplication des surfaces, des écrans, que notre sensibilité, notre opinion à l’actualité va se convertir en une véritable obsession (dépendance face à Twitter, YouTube, Facebook) voire perversion des actes, des paroles des « puissants ». Mais quelle est notre place dans cet espace ou le « logos » autrement dit, la « parole » perd de sa valeur ? Notre rôle, celui d’un surveillant, d’un juriste immorale. A l’exactitude du livre « 1984 » d’Orwell, le monde est contrôlé par « Big Brother » la technologie prend le dessus sur l’être et modèle sa pensée, son comportement étant le miroir des autres.

Et quand est-il du regard ? Le regard médiatique nourrit cette omniprésence de panoptisme, le fait de tout voir, de tout montrer ; en effet, au travers des épisodes on assiste lentement et de manière discrète à une véritable aliénation des individus, la télévision étant la source d’un spectacle dont les téléspectateurs jouissent en continu, ayant pour but de contrôler et non pas de libéré la conscience humaine, de la faire taire.

Acceptation des images publicitaires, à quel prix ?

De nos jours, la publicité dans l’espace public ne peut échapper à notre regard, il y a une omniprésence de la publicité, elle devient plus pesante dans Black Mirror car les images ne cessent d’apparaître, et si l’on refuse de les regarder, un son strident suivit d’un message apparaît « Resume Viewing » autrement dit « reprendre lecture », Dès lors, ce n’est pas seulement le fait de regarder les images mais de les accepter, de n’opposer aucune résistance.  Ainsi, le mode de vie est préconçu, réglé et y échapper serait une erreur ; on assiste là à la perdition de l’authenticité, la technique prend le dessus sur le « savoir-faire », on doit réapprendre ce qui est vrai.  Black Mirror s’inscrit comme clairvoyante sur notre monde, où l’humiliation et plaisir ne font qu’un, là où l’individu est prisonnier des surfaces, et où sa conscience est étouffée.