« Bad Girl » est un film signé par Arnaud Khayadjanian, déjà diffusé dans plusieurs festivals qui entretient un accueil à la fois inouï et controversé. Bad Girl c’est l’histoire de la femme fatale, c’est l’expression de sa sensibilité mais aussi de sa souffrance. Arnaud Khayadjanian s’intéresse à une femme comme créature. Une femme trop belle, qui ne se plaint pas de sa capacité naturelle à séduire mais rejette les obligations que lui concèdent sa beauté. En effet, Arnaud Khayadjanian dépeint une société qui réifie les Femmes en les conformant à un concept suprême de femme fatale.

Comment as-tu imaginé la femme fatale ?

Arnaud Khayadjanian : Je ne l’ai pas vraiment imaginé. J’ai adapté une pièce de théâtre “Coeurs Sourds” écrite par Laura Desprein. Son magnifique texte ne demandait qu’à être mis en image. En revanche, j’ai énormément travaillé avec Mathilde (Roux), la comédienne. Nous avons beaucoup répété pour trouver un langage et un corps à la hauteur du personnage.

Pourrais-tu justifier l’usage excessif d’accessoires pop vestimentaires, mais également la perruque bleue violacée, que porte la femme ?

AK : Que ce soit pour les décors ou les costumes on a choisi des éléments très marqués temporellement pour amplifier, caricaturer l’époque.

De chanceuse d’un prime abord les jolies femmes deviennent victimes. Non pas de ce qu’elles sont mais du confinement que la société leur applique.

Une souffrance nommée beauté

Ce film ne cherche pas à plaindre la beauté naturelle de cette femme fatale. Mais comprendre l’empreinte de cette définition et exploiter l’impact de celle-ci sur cette femme. Elle porte ainsi en elle comme étendard, la blessure de l’image que la société ordonne à sa beauté, non dans la plainte mais plus dans le manifeste.

A ses images vibrantes, décalés et douces les paroles de la chanson de Lee Moses de 1971 résonnent “un de ces jours, le monde entier comprendra”. Car en effet, ce postulat nous sommes tous capable de le saisir. L’image que dégage ces jolies femmes offre à certains une liberté de jugement de d’acte évidemment blessant et injuste. De la drague dans la rue, à l’acte d’agression verbal, moral, physique. L’idée que certaines femmes cherche à provoquer en s’appliquant simplement une touche de rouge à lèvre, ou encore une jupe pour certains trop courtes c’est au final un cercle vicieux : on enferme les femmes dans cette hypersexualisation pour ensuite les rendre coupables.

Vois tu ton film comme un manifeste ou plutôt comme la simple mise en lumière d’une souffrance ? Qu’est-ce-que tu souhaitais créer comme réaction chez les spectateurs ?

AK : Ce n’est pas un manifeste, la seule ambition était de proposer au spectateur plusieurs interprétations possibles.

Quelles ont été tes sources d’inspirations pour le visuel de ton court ?

AK : James Turrell pour la partie studio. Je m’intéresse également au travail photographique de Laurène Carmona et d’Arvida Byström.

Ce film ne cherche pas à plaindre la beauté naturelle de cette femme fatale. Mais comprendre l’empreinte de cette définition et exploité l’impact de celle-ci sur cette femme. Si l’on pense d’un prime abord que la beauté est une chance, pourquoi existe-t-il dans le corollaire des contraintes, des situations gênantes et finalement du mal-être ?

Arnaud parle de l’habilité de certains a confiner la beauté comme un concept parallèle au courage, à la chance ou encore à la stupidité. Arnaud appuie sur un aspect controversé et dangereux, quelque chose qui dérange car peut paraître aussi superficiel que le concept de beauté, mais en vérité ce film interroge sur une véritable blessure éminente dans notre société.

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Pourrais-tu expliquer la transposition des Hommes dans un premier temps enfermés dans une cage, à un des derniers plans où la femme se retrouve elle-même emprisonnée ?

AK : Ce personnage que j’appelle “le monstre à cinq têtes ” ne figurait pas dans la pièce originale. Je l’ai inventé pour donner une dimension onirique au film. C’est une image mentale qui hante le personnage de Mathilde.

Beaucoup ont critiqué l’aspect superficiel de « Bad girl », en évoquant un mal-être presque futile, une plainte imaginaire. Parlant de la beauté comme un pouvoir suprême qui peut écarter toute souffrance. Qu’est-ce-que tu leur répondrais ?

AK : Moi-même j’éprouvais des difficultés à croire à cette souffrance jusqu’au jour où j’ai rencontré quelqu’un qui en était la victime.

Si tu pouvais donner un seul adjectif pour qualifier ton film ?

AK : En deux mots j’ai : surprise, modeste.

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