Boiler Room : culture de la performance électronique

Reloop une soirée sans limites

Nous sommes un mardi soir lorsqu’il vous prend l’envie de regarder par la fenêtre votre rue, mais malheureusement tout vous semble devenu sombre et sans vie dehors.

Aucun problème s’il fait froid dans la ville, dites merci à votre fournisseur internet et à ceux qui depuis maintenant plus de quatre ans nous propose de se plonger dans l’ambiance underground des lieux, des clubs et parfois des appartements du monde entier qui mixent, performent et jouent live de la bonne musique.

Petit projet londonien lancé en 2010 par deux hommes, Thristian Richards le programmateur musical pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique et Blaise Bellville le directeur général. Ce projet initialement était un supplément du magazine Platform qui proposait un set de musique électronique de 30 à 50 min via les serveurs du service internet Ustream. L’idée de ce concept a pris de l’importance jusqu’à devenir aujourd’hui, une véritable institution. Au point ou certaines personnes m’ont déjà fait la remarque lors de soirées qu’elles avaient l’impression d’écouter du son « comme au Boiler Room ».

Un univers médiatique original

Une Boiler Room c’est surtout de la créativité et quand on parle du support internet comme médias cela nous évoque une large liberté, ici musicalement et photographiquement. L’esthétique des vidéos d’une Boiler Room c’est le minimalisme de la caméra fixe qui filme en plan large le DJ mais aussi le public ! Plus tard viendra une deuxième source vidéo sur les platines pour nous faire voir de plus près la performance. Puis encore plus tard des caméras non-fixe qui se déplaceront pendant les live.

Reste une chose, avoir osé mettre l’artiste dos tourné au public et les enceintes en façade plein pot. L’ironie de l’histoire, sans parler des dos toutes la soirée, c’est que pendant longtemps ces soirées un peu spécial se sont organisées dans des club de bas-fond avec comme seul public, des privilégiés. Des guests qui ont pu par moment voir leur ego accomplir des choses sans honte.

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L’influence dans le milieu

Les principaux programmateurs de Boiler Room ont su rester dans l’originalité et dans la qualité quant aux artistes diffusés et cela depuis toujours. On peut véritablement apprécier un style Boiler Room où les mix sont à la fois dur, dans le vif et sans concessions. L’artiste n’est pas là pour une promo exceptionnel, il est juste présent pour profiter d’une organisation exceptionnel et cela ce ressent dans la construction du set qui n’est pas un pur cachet de musique hit-parade.

Heureusement pour la société, car en choisissant l’ouverture elle permet de faire découvrir via les dj/artistes des morceaux qu’on on aurait certainement jamais entendu à la radio. L’influence se veut underground et c’est la source, depuis le début. On peut apprécier de voir les musiciens de Little Dragon en DJ set ou en encore Thom Yorke mixer 30 min des sons aussi dingue que le groupe Radiohead mais également des choses musicalement plus pointu comme Rødhåd un DJ Berlinois qui se produit encore très peu en live.

L’influence de Boiler Room est franchie quand on voit toute la flopée de reproduction/adatation du concept dans des milieux plus amateurs ou même dans le monde des clubs. Alors qu’il y a encore quelques années ceux-ci étaient très fermé, auto-centré sur leur communication en interne. La péniche parisienne Concrete est un très bon exemple, car depuis un an ce club sur l’eau nous fait revivre à leur sauce et en vidéo le live de certain DJ.

live de Laurent Garnier sur la péniche en novembre 2013

[Repérages] SilysArt

SilysArt – Bated Blast

 

Est-ce que c’est la première fois que tu acceptes une interview pour répondre à des questions sur tes créations ?

Oui, c’est aussi la première fois que l’on me propose une interview.

highlight_rightPeux-tu te présenter ?

Je m’appelle Sylvain Pignatel, j’ai 21 ans, je viens de terminer une licence de biologie générale et j’ai décidé cette année de commencer une licence 1 de musicologie à Lyon, pour apprendre la théorie de la musique qu’il me manque. En parallèle de mes études, je suis guitariste, chanteur et je fais de la MAO avec Ableton Live. Je compose de la musique en solo sous le nom de SilysArt. J’ai aussi composé dans le cadre de collaboration avec de la danse, du théâtre et du cinéma.

Comment as-tu commencé à faire de la musique toi-même ?

J’étais dans ma chambre avec un ami de 4ème et une vielle guitare classique qui trainait dans ma cave. Il a joué, salement, sur une unique corde la mélodie de Seven Nation Army des White Stripes. J’étais fasciné. Mes premières compositions sont apparues dès que j’ai su bidouiller un son sur cet instrument. J’ai ensuite composé dans des groupes de hard rock au lycée où j’ai commencé à chanter. Mon projet solo SilysArt a vu le jour, d’abord sous le nom de Noise Avni, lorsque j’ai commencé à enregistrer mes compositions sur Ableton, en 2011.

De nos jours, une grande part des artistes indépendants travaillent sur plusieurs domaines en même temps et cela en complémentarité avec leur univers. Avec SilysArt tu crées de l’audio, mais tu dois par la force des choses également créer les pochettes, un site internet et certainement d’autre éléments de cet univers. Qu’est-ce que tu penses de cette façon de faire ?

Alexandre Astier dit que ce qui est intéressant chez un artiste qui fait presque tout, c’est que l’on voit ses défauts. Je trouve ça très juste, cela donne une cohérence à la personnalité des œuvres et un côté imparfait très humain. On peut ressentir la complexité, la vulnérabilité, l’authenticité de la personne qu’est l’artiste au sein de ses créations. Si les artistes, indépendants ou non, peuvent intégrer leurs travaux venant d’autres domaines, je trouve ça très beau. Pour ma part, le site a été fait entièrement par un ami (Victor Drouin-Viallard). Et certaines images proviennent de collaborations (la pochette de Noise Avni réalisée par Jean-François Pignatel, par exemple).

Qu’est-ce qui t’intéresse aujourd’hui dans la création ? Par quoi te sens-tu concerné ?

Au départ, la création n’était pour moi qu’un exutoire pour mes trop plein d’émotions. A cela, s’est ajouté le désir de découvrir et de faire partager une partie de mon cerveau et ma manière de créer. Je ne cherche pas consciemment à répondre à des contraintes de composition comme couplet/refrain, mais plutôt à amplifier et retranscrire une narration d’émotions, d’images et d’ambiances que je ressens sur le moment. Ce qui m’intéresse dans une œuvre d’art, c’est le changement qu’elle enclenche chez nous. C’est-à-dire à quel point et de quelle façon l’expérience artistique que l’on vient de vivre, ou de revivre, nous a rendu différents. Par ailleurs, le message de mes musiques n’est pas concret car le fond de mes compositions ne passe quasiment que par la forme. Elle peuvent être prises en tant qu’expériences émotionnelles, comme lorsqu’on arrive dans un endroit nouveau où l’on ressent une atmosphère singulière. Ainsi, le choix de la langue, par exemple, est important pour l’ambiance, comme lorsqu’on change de pays. Chaque morceau a son univers et chaque personne reçoit différemment cet univers. Je me sens très concerné et impliqué dans la politique et les problèmes sociaux et philosophiques actuels. Cependant, ma composition musicale comporte très peu de sujets politiques, pour l’instant.

On dit souvent que la musique « ambient » a un sale caractère, un coté obscure et malsain. Est-ce que tu cultives cette pensée ou alors tu réfléchis autrement la musique ?

Si on peut qualifier ma musique d’ambient, alors je ne trouve pas ce genre malsain par définition, même si il m’arrive de vouloir introduire des moments musicaux dérangeants. Mais tout cela est très subjectif. La musique obscure peut avoir un côté très agréable selon les gens. Pour moi, les couleurs foncées sont apaisantes et la musique mélancolique peut transcender. Cela dépend sans doutes des habitudes d’écoute et des représentations de chacun.

Qu’écoutes-tu en ce moment?

Machinefabriek, Archive, Portico Quartet, Foals, The XX, Rodrigo y Gabriela, Fink, Nina Simone, Stupeflip, Moondog, Chapelier Fou, Philip Glass et Steve Reich font parties, entre autres, de ma playlist actuelle. Depuis quelques mois, j’explore aussi avidement la musique classique, baroque et romantique. J’aime beaucoup Bach, Berlioz, Liszt, Schubert, Chopin, Beethoven, Rachmaninov, Ravel… Je recommence par ailleurs à écouter Björk et Thom Yorke, dont je suis amoureux.

Tu n’as jamais fait de live, crois-tu en faire un jour ?

Je n’ai jamais tenté de live SilysArt avec la MAO, car Je n’ai simplement pas assez travaillé la MAO en live pour me lancer sur scène. Le travail est totalement différent de la composition. En revanche, j’ai déjà joué sur scène avec une danseuse et une comédienne au Toï Toï dans le cadre du festival Auteurs de Troubles 2014. Cette collaboration est née d’une envie très forte de concrétiser un travail sur les journaux intimes. Les compositions étaient interprétées uniquement à la guitare acoustique et n’ont pas été enregistrées jusque là. J’ai aussi joué plusieurs fois dans la rue pour la fête de la musique en faisant des reprises de groupes comme Radiohead ou Pink Floyd. Je travaille actuellement sur des versions acoustiques de morceaux de SilysArt ainsi que de nombreuses compositions jamais enregistrées que je compte publier dans les prochains mois. Le rendu sera très différent de ce que j’ai pu publier sur silysart.com.

Que fais-tu en dehors de la musique ?

Je fais, depuis trois ans, de la danse contemporaine. Je me suis mis récemment au dessin, à la photo et à la vidéo dans le but notamment d’illustrer mes musiques moi-même. Je lis et j’écris beaucoup en français et en anglais. Les sciences, la biologie en particulier, sont une part importante de ma vie et ont un impact évident sur ma composition.

Dans l’univers SilysArt on peut retrouver un grand nombres de collaborations. Qu’est-ce qui te motives à collaborer ?

Ce qui semble être des collaborations musicales n’en sont pas totalement. Je me passionne pour certaines voix humaines. Lorsque je veux mettre une voix dans mes compositions, je demande à la ou les personnes de s’enregistrer indépendamment de ma musique. Peu importe la qualité de l’enregistrement, ce qui compte c’est la sincérité de la captation. Une fois l’échantillon récupéré, je coupe, j’ajoute, colle, pitch, mixe la voix jusqu’à ce que je sois satisfait. Quant au collaboration musique/art-visuels, ma motivation est tout simplement le mélange des arts et des personnalités. Le travail en collaboration est vraiment différent d’un travail solo. Le développement de l’œuvre peut être plus long car il se confronte à plusieurs visions. Chaque artiste doit s’adapter et modifier son travail en fonction de l’idée commune, c’est donc aussi une question de confiance mutuelle. On apprend et on se nourrit beaucoup de l’autre. Le résultat peut être plus surprenant et moins familier pour l’artiste, car les idées qui ont jaillies viennent aussi d’une source extérieure à soi.

Comment on persuade les gens de se rallier à notre monde artistique ?

Cela dépend de quelle manière on veut les rallier. De manière générale, je crois qu’avec une proposition sincère et claire les gens participent volontiers à votre univers. Pour ma part, lorsque je souhaite faire une collaboration musique et danse par exemple, je fais écouter ce que j’ai déjà fait et je discute de ma vision du projet avec l’autre. Il est important de discuter pour sentir si le feeling passe. Après, la collaboration s’opère en confiance. Parfois, c’est le bouche-à-oreille qui attire les gens dans mon monde artistique.

Tes plans pour la suite ?

D’abord, je souhaite poursuivre les études de musique, notamment dans la composition pour les arts visuels tels que la danse, le cinéma, le théâtre, la peinture… Ensuite, autour de ça j’aimerais faire un album musique/vidéo gravitant autour d’une thématique. L’envie de faire un dessin-animé me trotte dangereusement dans la tête. Pour l’instant, le problème principal reste l’argent, mais les idées sont stockées sur papier. Par ailleurs, je veux développer un projet live en groupe dans le genre trip hop, qui me permettrait de développer ma technique et de vivre de façon plus rapprochée et récurrente l’expérience de la scène. L’important pour moi est de continuer à entrer en collision avec des artistes, émotions et images, quel que soit le cadre de ces rencontres à l’avenir. La porte reste ouverte !

http://silysart.com/

Lil Herb – Welcome to Fazoland

Chicago a depuis longtemps une place particulière sur la carte du rap. Non pas en tant que place forte d’un genre particulier mais comme vivier de talents hétérogènes. De Common à Kanye West en passant par Freddie Gibbs ou Chance the Rapper, « Chi-city » résonne dans les productions rap des années 2000, mais toujours en retrait des grands centres de l’Est, de l’Ouest et du Sud.

Mais depuis quelques années, la scène de Chicago entend résonner par et pour elle-même, à travers la « drill », un rap largement inspiré de la trap d’Atlanta, mais ancré dans le quotidien violent et sombre de la ville du vent. Qualifiée de mode, reniée par nombre de puristes, la drill semble pourtant s’être installée et compte déjà quelques disques d’une grande qualité. C’est le cas de la mixtape Welcome to Fazoland de Lil’Herb, sortie en Février 2014.

Fazo, c’est un ami d’enfance du rapper, mort il y a peu sous les balles de la violence des gangs locaux. Lil’Herb, 18 ans seulement, nous invite donc à plonger dans son environnement, le quartier de South Shore, surnommé « Terror Town ». Plus une fuite qu’un voyage, la balade se fait de coin de rue en coin de rue. Le bilan est pour le moins terrifiant. On pourrait en effet lister les noms cités par Herb, ceux de ses amis tombés pour leur gangs, mais on perdrait notre temps.

Il suffit d’écouter le son, crade et majestueux à la fois, multipliant les samples de choeurs bulgares ou gospels ou de guitare électrique, le tout cadencé par les hi-hat calibrés comme des fusils d’assaut, si caractéristiques du son chicagoan. Les prods de DJ L, C-Sick, Blockondatrackk et des autres beatmakers locaux, résonnent comme la bande originale de la tragédie normale d’une ville gangrenée par la violence de la guerre des gangs, motivée par le déclin économique et social de qui fût « the city that works ». Un son lourd, sombre, qui suinte une atmosphère de mort, comme quand l’air est trop chargé en fer. Un son oxydé.

C’est ce contexte que Herb décrit au fil des 18 pistes qui composent la mixtape. « Hallways full of piss/Where I’m from come picture this ». Non pas pour en faire une quelconque apologie, ni pour dénoncer et se donner bonne conscience, simplement pour décrire, raconter, se raconter. Herb rend compte de sa position de jeune pris entre le mal nécessaire de la débrouille et l’envie de sortir de ce décor : « Fazoland where I’m cooling at/Bodies drop, I don’t got nothing to do with that ». On navigue donc entre des égotrips teintés de chrome, des odes aux proches, aux « hommies », une chanson sur la mère ou la vanité de la richesse, rapprochant le tout des classiques du rap de gangster, toute géographie confondue. Le tout condensé dans des textes d’une densité biblique, qui fait que l’on a du mal à s’attarder sur une rime que la suivante vient nous pilonner les oreilles, pour ne pas nous laisser le temps de souffler, pour ne pas s’arrêter de fuir.

Là où Herb se distingue, c’est sur l’interprétation. Une voix rauque, taillée à grands coups de Phillies, qui vieillit son propriétaire, comme pour nous dire que le vécu n’a pas d’âge et que les jeunes grandissent trop vite quand on les y pousse. Le flow se fait lent et précipité à la fois, rap contre la montre, qui coure plus vite que les balles. Un flow proche du parlé mais laissant la part belle aux accélérations et au double-time, le MC assume une technique irréprochable à laquelle s’ajoute un ton sûr, qui crache les mots, suggérant un rap exutoire, une nécessité artistique, un retour du refoulé qui vient se défouler sur le micro. « I’ll give up the money/Fuck the fame […]/Just bring my niggas back ».

Un passé qui ne passe pas, un futur où la morale a peu de place, le tout condensé sur des morceaux à deux couplets s’enchaînant à une vitesse folle. A peine la tape commence qu’on se retrouve aspiré dans les rues quasi-apocalyptiques de la mégalopole des grands lacs, dont on ressort essoufflé à la fin, pas indemne dans tout les cas.

En résumé, nul besoin de comprendre l’argot de la ville du vent pour comprendre Welcome to Fazoland. On ressent une menace constante, incarnée dans des prods torturées et un mcing sorti des tripes du rapper, qui fait de cette mixtape une œuvre complète et aboutie, déjà classique d’une scène qui tend à s’imposer un peu partout comme une référence. Et il n’y a qu’à voir le rap français pour se rendre compte que Chicago est en marche pour marquer durablement les esprits.

La mixtape Welcome to Fazoland est disponible en téléchargement gratuit sur le site www.datpiff.com

Auteur de la chronique : Jibé

[Repérages] Alpes

Une pop planante, un rock rugueux, c’est alpes

En 2013, la France découvrait Griejfoy. Cette année, ce sera peut-être le tour d’Alpes? Ce jeune groupe niçois était ce vendredi à la MJC Picaud de Cannes en première partie des Von Pariahs. Une sacrée découverte.

La French Riviera n’a pas d’anglais que le nom, elle a aussi l’un de ses groupes : Alpes. Ils sont quatre, formation classique -guitare, chant, basse et batterie, jeunes, et pleins de promesses. Il y a des jours comme ça où l’on découvre, puis on aime, et en fin de compte on adore. Souvent, on appelle ça « une claque ». C’est en tout cas le ressenti de la petite centaine de personnes présentes vendredi 31 janvier dans la salle de la MJC Picaud.

En avant-première des Von Pariahs, ces quatre garçons au look très « British » ont présenté leurs premières compositions, rassemblées dans un EP qui vient de sortir. Créé il y a à peine un an, Alpes a vite grandi. Et pour cause, si le projet n’a qu’une année derrière lui, Antoine, Paul, Charles et Quentin jouent ensemble depuis quelques temps déjà. « On avait chacun notre propre groupe, mais on a voulu passer une petite étape, changer de nom et aller plus loin dans la composition » raconte Quentin, chanteur et guitariste.

Leurs influences? « Tame ImpalaKing KruleGrizzly BearJames Blake un peu ». En somme, des artistes très récents. « Et aussi les classiques comme Les Beatles, Pink Floyd… » Mais Alpes tient sa singularité par l’éclectisme de ses compositions. Un morceau de rock rugueux suit un autre d’une pop planante et hypnotique. Le tout dans un univers très onirique. Un premier EP surprenant et maîtrisé de bout en bout grâce notamment à une présence scénique énergique. Un vent de fraîcheur a soufflé. On oublierait presque qu’ils ont la vingtaine..

Furax Barbarossa – TESTA NERA

Un album qui hisse le drapeau noir d’un pirate moderne 

Après nous avoir servi un premier album en 2006, État des lieux, opus qui pose les bases de l’univers noir du Pirate toulousain, Furax Barbarossa revient 6 ans après son second solo En bas de l’échelle, avec un troisième album qui retrace ses questionnements incessants : Testa Nera. Prenez place à bord d’un voyage auditif dans les tréfonds d’un mc déterminé à écrire ses peines, décrire en vain les faiblesses de ses pairs. Entre éternel remise en question de l’existence humaine, l’oxymore d’un brut réconfort trouvé dans la drogue et l’alcool, et la mélancolie d’un monde qui évolue en marche arrière, le plus roux des rappeurs offre 17 titres aux sonorités plus que sombres et textuellement sanglants!

La puissance du fond et de la forme

Les instrus signées par l’écurie Bastard Prods, ainsi que des invités de marque comme Mani Deiz , les Kids of Crackling ou encore Aro, lient le projet d’une atmosphère lourde et oppressante. Les sujets similaires à ceux abordés lors de ses apparitions avec les Inglorious Bastardz, nous rappellent que rien ne bouge et n’évolue, sauf la douleur et la solitude d’un homme tiraillé entre l’écriture d’un monde macabre et le combat face à ses addictions…

Il nous aura prévenu, dès l’intro avec Les 3 Murs de Ma Chambre, s’il nous invite dans son monde ce n’est pas pour autant qu’il a rangé ses douleurs dans une caisse sous son lit pour embellir ses entrailles. Cette hardcore mise en garde n’est pas à prendre à la légère, que ce soit Le poids du mal ou Entre temps en feat avec Sendo, les premiers morceaux d’un homme qui n’a plus la force d’y croire nous plonge directement dans un monde lugubre et cru.

Scylla : l’ultime synergie

Par deux fois, on retrouve Scylla, son homologue belge, dans des morceaux ou l’humanité est remise en cause… On vient à se demander si Les poissons morts et Les yeux fermés, ne sont pas les suites logiques de leur récent feat Erreurs génétiques, sur l’album de Scylla – Abysse. Si ces deux potes aux voix rauques ont thématiques parallèles, ils ont surtout un amour pour les univers des profondeurs maritimes… Si Scylla fait parfois preuve d’espoir, il n’a pas contaminé le frère Furax qui sur 17 titres pourrait créer la remise en question de l’homme le plus sûr de lui.

Des titres comme Le chant des hommes saouls en feat avec son comparse Sendo, qui performe aussi sur La France sans maquillage, et la symbiose qui se crée avec ses vieux amis AbrazifL’hexaler et Jeff le Nerf, montre encore l’intelligence artistique dont il fait preuve dans le choix de ses collaborations.

« Oubliez moi… J’ai pas les mots pour parler à un môme, et encore moins d’un monde qui donne à boire et à manger à un monstre… »

Qu’il décrive un tapin plein d’espoir ou un travelo à un gamin, il est inutile d’expliquer au rouquin le poids des maux et la force des métaphores. En effet, dans la galère de sa détresse, tous les sujets qu’ils affectionnent sont explicités sous l’angle d’un pirate poète, vous imaginez bien que l’image n’est pas choisie au hasard… S’il donne l’impression d’avoir écrit De Haine et d’Eau Tiède en pleurant la tournure que prend le rap accoudé à un baril de rhum, il a amarré après la tempête mélancolique dû au Mauvais Vent, pour nous décrire la France, et rendre visite à Abrazif, moussaillon qui paya de ses jambes les caprices de la vie.

Album bourré de références cinématographiques, d’images et jeux de mots plus lourds les uns que les autres, débordant de vérités sur notre monde… Finalement, Testa Nera c’est la métaphore du drapeau blanc ensanglanté, d’un rappeur qui cherche la paix mais constamment rappelé par sa condition d’homme.

Traqué le Bonheur, ça n’fait que briser les gens… de le voir courir comme un voleur et tous l’monde viser les jambes !

Je vous préviens, vous trouverez pas le projet dans les backs, parce comme il l’a annoncé sur Facebook cet album c’est le notre, et le barbu veut rester indé jusqu’au bout de la chaîne.

Ha et surtout, ne l’écoutez pas pour vous mettre de bonne humeur le matin, même si le maniement funeste des mots est impressionnant, même si les mélodies travaillées redonnent l’espoir à ceux qui comme L’hexaler pensent que dans le rap y a Trop de corbeaux populaires et trop de propos qui polluent l’air… on ne ressort pas indemne d’un parcours d’un combattant de la vie.

 P.S. : il l’a annoncé comme son dernier album, mais l’écrire m’attriste.

M.L.N

[Repérages] La Quinte

La Quinte est un collectif comprenant 4 rappeurs principaux :  Kaluméro, Viouf, Tonywallas, Mass et leur beatmaker et producteur Lakass.
C’est chez lui que Lakass nous reçoit, Viouf et TonyWallas sont là aussi.
Posés sur un canap’ en grillant quelques clopes, l’entretien commence.

Somon : Pour commencer, comment t’as choisi ton nom, pourquoi Lakass ?

Lakass : Pourquoi Lakass ? Ben parce que j’’aime bien le concept de la casse, c’est à dire qu’on récupère. Et le hip hop c’est un peu ça avec les sampling. Après y aussi le délire autour des chiens de la casse, on m’appelait souvent le chien de la casse, donc du coup comme j’étais le seul dans le crew à faire des instrus, je me suis dit que c’était eux les chiens de la casse.

S : Comment vous avez commencé la musique ?

TonyWallas : On a commencé chacun dans notre coin. A 13/14 ans j’avais déjà un groupe, je faisais de la batterie, après j’ai découvert le hip hop quand j’avais 15 ans. Il s’est passé 10 ans depuis et c’est vraiment maintenant que le travail paye, on s’est tous réunis, tous retrouvés il y a deux trois ans.

L : Après, pour moi c’est différent. J’ai commencé par la guitare et je jouais dans un groupe de Punks un peu noise genre “Sonic Youth” après je suis tombé sur la dub, c’est ce qui m’a vraiment fait scotché le son, du coup je me suis mis à la musique par ordinateur, et comme j’ai toujours traîné avec des rappeurs, à un moment donné ils m’ont dit que ce serait bien que je fasse des instrus (il rit) et donc j’en suis venu au hip hop surtout pour le besoin de ces monsieurs, c’était pas une priorité au départ de faire de l’instru parce que je trouvais que faire de l’instru pour faire de l’instru ça servait pas à grand chose si il y a pas de gens qui posent dessus et c’est seulement après quand on s’est plus motivés à faire un truc vraiment en groupe que là je m’y suis mis un peu plus intensément. Sinon je fais beaucoup de musique électronique à coté.

Viouf : Moi j’ai été au conservatoire pendant 6 ans, j’ai fait de la clarinette, c’était plus classique comme j’étais plus jeune. Puis après, en vieillissant pareil vers 15 ans, j’ai commençais à écrire mais plus du reggae. Mais je trouvais qu’on peut pas assez impacter avec les paroles, et puis je me suis lancé dans le rap comme c’est un peu dans le même style mais que c’est plus violent et j’ai préféré. Voilà ça fait 6-7 ans que j’écris, 5 ans que je pose puis 2 ans qu’on est en groupe quoi.

S : Est-ce que vous enregistré toujours dans un home studio ?

L : En général moi je découpe les samples, je travaille les instrus chez moi après je les amène chez Tonywallas, soit on les travaille, soit on les prend telles quelles et on enregistre, tous les enregistrements de voix sont faits chez lui. (T : on a vraiment tout ce qu’il faut à la maison.) On préfère faire par nos propres moyens, c’est une façon d’apprendre. Puis on a pas les moyens de louer des studios. (il rit)

T : On est vraiment autodidactes.

L : On est indépendant et tant mieux.

S : Justement tu disais qu’à la base c’était pas ton truc de faire des instrus, et du coup j’ai vu que tu faisais des sons plus électro des trucs planants, est-ce que t’as un domaine de prédilection, est-ce que t’as un truc que t’aimes plus que l’autre ?

L : Ben les deux sont complémentaires je trouve. Quand je fais des trucs bien techno – d’ailleurs là je prépare un live plus trance – j’ai besoin à un moment d’une sous-pape de hip-hop, ça me force à écouter d’autres trucs pour chercher des samples. Après chez moi j’écoute tout type de musiques donc pour moi c’est pas opposé, l’un et l’autre s’inspirent, ça se rejoint un peu et donc c’est pas contradictoire. Puis ce que j’aime bien dans le hip hop c’est que c’est collectif alors que la musique électronique t’es quand même un peu solo, c’est différent comme travail.

S : Dans certaines instrus tu as choisi du Pink Floyd, du Deep Purple, du Jimmy Hendrix. Comment t’en es arrivé à choisir des sons comme ça ?

L : Ça c’est des classiques c’est des trucs un peu “insamplables” parce que tout le monde reconnaît direct mais c’est ce qui m’amusait un peu. En fait c’est partie sur Viouf, pour délirer j’avais fait une instru avec le sample d’une reprise de Jimmy Hendrix, Viouf a enregistré puis ça avait un peu plu aux gens, on a eu de bons retours sur cette chanson. Donc je m’étais dit on va faire des rétro freestyle, c’est pas pour sortir sur un album etc mais c’est plus pour rendre hommage à un morceau, à des trucs qui m’ont fait kiffer, que j’écoutais à fond quand j’étais jeune et que j’écoute encore avec plaisir.

T : Puis ça permet aussi de faire découvrir le hip hop à des gens qui n’aiment pas forcement.

S : Comment s’est passé votre première expérience face au public ?

T : Sur Strasbourg on a plutôt fait des open mic, des choses comme ça mais sinon, on avait fait une première partie à Lyon, les gens avaient bien aimé.

L : C’était une bonne ambiance, après les gens venaient pour écouter du rap donc c’était un peu acquis aussi. Pour 2014, on travaille un live plus long, d’une heure à peu près, d’ailleurs on joue à Colmar le 7 décembre.

S : Et la première partie que vous avez fait à Lyon c’était celle de… ?

T : De Pih Poh, c’était cool il nous avait proposé le truc.

S : Du coup les premières critiques, les premiers retours des gens c’était quoi ?

V : A part si c’est hypocrite, franchement, y a que des bons retours. Après ça reste un cercle un peu limité, c’est aussi beaucoup de potes.

L : On a pas une audience encore très grande. Mais je pense qu’on peut toucher des gens qui sont pas habitué a écouter du rap parce que justement c’est du rap un peu festif, un peu rigolo quoi, il y a quelques textes quand même un peu plus lourd où y a plus de sens. Mais enfin y a de l’humour c’est quand même souvent marrant : les images choisies, les métaphores, elles sont souvent drôles donc ça je pense que ça touche.
(Il s’adresse à Viouf) : A part tes trucs tout seul qui sont un peu plus sombres.

T : Après chacun de notre coté on a vraiment un style diffèrent mais justement quand on est ensemble ça fait aussi le charme du truc.

S : Vous pensez quoi du rap français qui passe à la télé ou à la radio ?

L : Des fois y a des trucs marrants, mais ce qu’il y a de mieux c’est quand même en indé quoi.

V : Ils savent quoi choisir, y en a qui sont bons, après je trouve que ça les rabaisse un peu.

T : Pour moi le rap il est pas représenté, enfin il est représenté mais merdiquement.

L : Y’a quand même des bons artistes, par exemple t’écoutes Eminem c’est un putain de rappeur, mais les singles qui vont passer  à la radio/télé c’est les trucs tout pourris, c’est les featuring avec Rihanna tout ça…

T : Y’a beaucoup de gens qui se fient à la télé, qui voient que par les médias. Pour ces gens le rap c’est des jeunes de banlieue qui crament des voitures et qui disent de la merde dans leurs chansons mais c’est pas ça. Après t’as du rap hardcore genre LIM qui est comme ça, pis t’as le rap bling bling. Tout le monde n’a pas le même esprit critique que nous, y’a des gens qui s’en foutent, ils écoutent ce qu’on leur donne.

S : Par rapport à vos projets pour la suite, vous m’avez parler d’un live d’une heure et de votre passage à Colmar le 7/12, d’autres  choses en vue ?

L : Finir de sortir cet EP déjà. On est en train de réfléchir si on va le presser ou pas, parce que moi j’aimerais bien avoir un support physique, je trouve que c’est quand même important pour les gens, c’est différent quand tu donnes un CD ou quand tu télécharges, après y a pas mal de clips qu’il faudrait qu’on fasse, associer un peu la vidéo à ça, et puis continuer à faire des trucs en groupe.
(Il s’adresse à V et T) : Puis 2014 ça sera l’année des concerts, non ?

T : Ouep ouep, on connaît pas mal d’assos aussi sur Besac et sur Belfort. Y’a moyen de trouver dans la région, en Alsace aussi.

S : C’était bien votre première interview ?

L : Tout à fait.

S : Pour terminer, le son sur la Franche-Comté c’est partie de quoi ?

T : C’était un petit délire comme ça, j’avais envie de triper, le sample de Thiéfaine il me plaisait bien, je pense que ça je vais essayer de le mettre en image, ça peut aussi plaire. C’est vraiment le genre de son qui touche, même des personnes de 40-50 ans ils peuvent l’aimé, ça parle de la Franche-Comté tu vois c’est sympa.

L : Ouep il est vraiment festif.

T : C’est un son délirant c’est nos racines, faut pas les oublier !

L : On se sent encore un peu trop étrangers des fois en Alsace. (il rit)

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